Alors que 850 millions d'êtres humains souffrent tous les jours de la faim, le Parlement européen a réaffirmé le caractère fondamental du droit à l'alimentation et la nécessité d'améliorer l'accès pour tous à une alimentation suffisante.
La résolution a été adoptée à la grande majorité des députés européens (485 pour, 52 contre, 7 abstentions). Au Conseil désormais de réaffirmer son attachement aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) et de présenter un plan d'action de l'Union européenne. La Commission, quant à elle, est priée de conduire une analyse de l'impact des spéculations sur les prix des denrées alimentaires et de mettre en œuvre des mesures en conséquence.
Le rôle de la spéculation financière
Souvent éclipsée dans le débat public, la spéculation est l'une des principales causes de la crise alimentaire actuelle. La production reste élevée, mais les spéculateurs misent sur la pénurie prévue et l'augmentation artificielle des prix. En écartant du marché des réserves alimentaires, certains acteurs comme de grands super marchés ont profité et amplifié la hausse des prix, afin de maximiser leurs profits. Le Parlement s'est dit préoccupé de ces pratiques, et a appelé à des règles plus justes au niveau du commerce international. Pour Françoise Castex "après la crise financière des subprimes aux Etats-Unis, la crise alimentaire qui touche des millions d'êtres humains aujourd'hui nous oblige à voir la nécessité d'une régulation des marchés financiers. Nous ne pouvons laisser les profits financiers de quelques uns prévaloir sur la vie humaine."
La "mode" des biocarburants
L'essor récent qu'ont connu les biocarburants a également participé à la crise alimentaire que de nombreux pays en développement subissent actuellement. Pour diminuer les émissions de CO2 dans l'atmosphère, la production de biocarburant à en fait constitué un débouché opportun aux productions agricoles européennes et nord américaines, pour lesquelles les subventions publiques sont de plus en plus critiquées mondialement. Une partie des produits agricoles a été dirigée sur le marché énergétique, créant un manque dans le marché alimentaire ... et provoquant ainsi une hausse des prix. Jean Ziegler, rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation, qualifie même les biocarburants de "crime contre l'humanité" et plaide pour un moratoire complet de cette pratique qui participe à la montée des cours mondiaux des denrées alimentaires.
Le Parlement en appelle donc à beaucoup de vigilance sur la production de biocarburant et plaide surtout pour le développement des biocarburants de deuxième génération. En effet, la deuxième génération, qui n'est pas encore commercialisée, permet de créer du combustible à partir de toutes les parties de la plante : feuilles, tiges, résidus ... ce qui permettrait à la production de biocarburants d'utiliser les déchets et de ne pas entrer en concurrence avec le secteur alimentaire.
Pour un commerce international équitable
Les députés européens ont estimé que l'ouverture des marchés agricoles doit s'effectuer de manière progressive, en tenant compte des capacités de chaque pays en développement. A cet effet, les produits qui répondent à des besoins de base pour les populations ou présentent une importance particulière dans le secteur alimentaire ou le développement rural de ces pays devraient être protégés de la libéralisation afin d'empêcher la déstructuration de ces secteurs.
A l'inverse, les subventions aux producteurs européens et nord américains pratiquées par ces deux blocs ont de moins en moins de raison d'être et représentent pour les pays en développement une concurrence déloyale.
Quant à l'aide publique européenne en développement, les députés dénoncent que les fonds ne soient pas alloués au développement rural. Alors que 75% de la population pauvre vit dans les zones rurales, seulement 4% de notre aide au développement est dédiée à l'agriculture. Un renforcement urgent des investissements dans l'agriculture, l'aquaculture, le développement rural et l'agro-industrie dans les pays en développement est préconisé. Ces financements devraient se concentrer sur les agriculteurs pauvres et les petites exploitations utilisant des méthodes de production agro-écologique. En effet, les producteurs les plus pauvres, et notamment les femmes, ont énormément besoin d'un accès à la terre, aux services financiers et aux crédits, aux semences à haut rendement, aux systèmes d'irrigation et aux engrais.
Pour Françoise Castex, "Cette crise alimentaire est révélatrice des dérives du marché financier international. Plus que jamais, les socialistes européens doivent se tenir prêts à défendre la solidarité internationale et à faire avancer l'idée de mécanismes internationaux d'intervention et de régulation répondant à l'intérêt général et aux besoins de développement."