Les Socialistes français ont présenté à la presse mercredi 23 avril 2008 leurs propositions et contre-propositions au programme du Président de la République Nicolas Sarkozy pour la Présidence française de l'Union européenne qui débutera le 1er juillet 2008.
Contexte et enjeux
Au deuxième semestre de l’année 2008, la France assurera la Présidence de l’Union européenne. "Nous portons des exigences pour cette Présidence. Les ambitions et la méthode du Président Sarkozy sont incompatibles avec la philosophie et les méthodes de décision d'une communauté conçue pour favoriser un commun dénominateur par le partage du pouvoir dans l'égalité" déclare Françoise Castex.
L’Europe est un cadre de négociation et de dépassement des conflits qui n'appartient à personne. Si le Président de la République adopte au niveau européen la même attitude qu’au niveau national, la relation de la France à l'Europe oscillera longtemps encore entre prétention napoléonienne et réflexe d'Astérix. Au prix, dans les deux cas, d'un isolement dont notre avenir pâtira.
La dégradation des relations franco-allemandes - dangereuse pour la France et pour l'Europe - illustre parfaitement les conséquences du comportement de Nicolas Sarkozy. La Présidence française doit être exemplaire et en phase avec ce qu’est l’Union européenne au début du XXIè siècle.
Les Vingt-Sept se sont mis d'accord sur le texte d'un nouveau traité européen qui vient se substituer au projet de traité constitutionnel. La question institutionnelle doit être réglée en 2008. "En tant que Socialistes, nous pensons qu’il est maintenant urgent de s'atteler à la réorientation des politiques de l'Union européenne. Dorénavant, elles doivent être au cœur de toutes nos préoccupations" rappelle Françoise Castex.
Nicolas Sarkozy et son Gouvernement ont présenté le programme de travail qu'ils comptent mettre en œuvre lors de la Présidence française. Les socialistes français souhaitent en souligner les lacunes : alors qu'il décrie l'Europe en expliquant qu'elle doit protéger ses citoyens et non les fragiliser dans le contexte de la mondialisation, ni l'Europe sociale ni les services publics ne feront l'objet de propositions.
Sur d'autres questions, comme les migrations ou l'Union Méditerranéenne, nous sommes en désaccord avec les propositions avancées jusqu'à maintenant. Enfin, sur certains sujets, après l'agitation médiatique, nous attendons les actes pour vérifier la réalité des discours, en matière d'environnement par exemple, ou encore sur les missions de la Banque Centrale Européenne.
Les propositions de la Délégation Socialiste Française (DSF) pour un travail utile de la Présidence française de l'Union Européenne
1. Vers une Europe plus sociale
- Une nouvelle Europe sociale pour les citoyens européens
L’Europe n’est pas suffisamment sociale : c’est le principal reproche
que les citoyens lui adressent. Une réorientation sociale de la
construction communautaire est donc urgente, avec pour horizon un
nivellement social vers le haut, grâce à une stratégie européenne de
convergence sociale positive.
Les propositions de
la DSF:
- Une clause de sauvegarde sociale doit être intégrée dans toutes les
politiques de l’Union, afin qu’aucune directe relative au marché
intérieur ne remette en cause les droits sociaux existants.
- Un salaire minimum doit être instauré dans tous les pays européens, et
la législation sur l’égalité salariale hommes-femmes doit être appliquée.
- La directive sur
le détachement des travailleurs doit être renforcée pour assurer le
respect de la législation du pays d’installation.
Les dérogations de la directive sur les horaires maximums de travail
doivent être supprimées.
La directive protégeant
les travailleurs intérimaires doit être adoptée.
- Protéger et renforcer les services publics
Les services publics ont besoin de clarification et de sécurité
juridique pour les protéger d’incessants empiètements du droit de la
concurrence.
Les propositions de
la DSF:
- Il faut faire inscrire dans le droit positif européen la spécificité
des services publics.
- Il faut concrétiser les ouvertures du Traité de Lisbonne sur les
services publics (protocole), en faisant pression sur la Commission pour
qu’elle aille au-delà de la simple approche sectorielle. Le PSE a
préparé la maquette d’une directive-cadre transversale : la PFUE doit
faire de ce texte l’une de ses priorités.
- Une véritable dynamique de la culture et de la formation
L’Union doit promouvoir une croissance non marchande du savoir, de la
curiosité, de la culture, de l’enrichissement personnel et de l’activité
artistique
Les propositions de
la DSF:
- Un Erasmus apprentis doit être mis en place.
- Il faut élargir l’accès des TPE, PME et artisans aux programmes
communautaires.
2. De nécessaires inflexions en matière économique
- Revisiter la stratégie de Lisbonne : efficacité et dimension industrielle
L’application trop tatillonne de la politique de la concurrence finit en
définitive par nuire au marché commun : elle affecte le secteur de
l’économie sociale et rend inopérante les politiques industrielles des
Etats membres.
Les propositions de
la DSF:
- La méthode de coordination des politiques économiques des Etats
membres, trop faible, doit être revue: les incitations doivent aussi
venir de la Commission européenne.
- Il faut accélérer la mise en place du brevet européen et favoriser le
développement d’une véritable politique industrielle européenne.
- La spécificité
d’intérêt général de l’économie sociale doit être clairement reconnue.
- Avancer sur la voie de l’harmonisation fiscale
L’harmonisation fiscale, nécessaire pour lutter contre le dumping
fiscal, est au point mort.
Les propositions de
la DSF:
- Le projet de la Commission visant à créer une assiette commune pour
l’impôt sur les sociétés (IS) doit être soutenu.
- A terme, il faut
renforcer le lien de l’IS et du budget européen : une partie du revenu
sur l’IS pourrait constituer une 5ème ressource propre du budget de
l’UE.
3. L’Europe, ses valeurs et le mondE
- Europe, élargissement et religion : pour une véritable laïcité
La question religieuse revient, et avec elle le mythe du choc des
civilisations. Sur fond de débat sur la candidature turque, l’identité
de l’Europe se reforme aujourd’hui autour de la notion de « club
chrétien ».
Les propositions de
la DSF:
La DSF est favorable à une charte européenne de la laïcité qui
respecterait les traditions nationales.
- L’Europe comme principal acteur de la solidarité internationale
L’Europe doit tenir ses engagements politiques sur l’aide au
développement, et se démarquer de la seule voie de l’assistance au
commerce et de la libéralisation des économies.
Les propositions de
la DSF:
- La DSF soutient les Etats africains qui refusent de signer les Accords
de partenariat économique.
- L’UE doit
soutenir les processus de démocratisation et la promotion des droits de
l’homme.
Les attentes et contre-propositions de la DSF au programme de la PFUE
1. L’Europe et les problématiques financières
- Régulation financière et gouvernance économique
L’Europe n’a pas d’outil adapté pour élaborer un plan de relance en cas
de crise, et sa capacité à parler d’une seule voix sur la scène
internationale en matière de changes est balbutiante. La BCE manque
toujours d’un contrepoids politique. Au niveau national, la coordination
des politiques budgétaires des Etats se limite à une police des déficits.
Les propositions de
la DSF:
- La structure et les missions de la BCE doivent être modifiées pour
intégrer les objectifs de croissance économique et d’emploi.
- L’Europe doit se doter d’outils statistiques de mesure de la
croissance qui tiennent compte du partage des richesses.
- Il faut favoriser l’émergence d’un système de supervision des marchés
financiers adapté, avec des outils renforcés au niveau européen.
- Il faut clarifier et encadrer le rôle des agences de notation et des
fonds spéculatifs.
- La coordination
des politiques budgétaires des Etats membres doit être renforcée pour
favoriser l’emploi.
- Le budget de l’Union : sortir de la logique comptable
Le
budget européen reste étriqué et sans lien avec des priorités politiques
préalablement définies.
Les propositions de
la DSF:
Il faut relever le budget à 1,5% du PIB minimum (contre 1% aujourd’hui)
et le réorienter vers l’Europe sociale et le développement économique
durable.
2. L’Europe, l’environnement et les territoire
- Environnement et transports : des discours aux actes
L’Europe a défini, lors du CE de mars 2007, des objectifs ambitieux en
matière d’environnement et d’énergie. Alors que le financement des
grands programmes technologiques est insuffisant, l’enjeu est maintenant
celui de la mise en œuvre, qui ne peut se réduire à la seule
libéralisation des secteurs concernés.
Les propositions de
la DSF:
- Il faut créer une ressource propre dédiée au financement de la
politique des transports. La France doit mettre à l’étude la création
d’un prélèvement modeste sur les taxes indirectes sur la consommation.
- La directive eurovignette doit être révisée pour intégrer les coûts
externes que les prix du transport routier ne reflètent pas aujourd’hui.
- L’intégration d’une composante environnementale dans la taxation des
carburants, affectée au financement des modes de transport propres, est
nécessaire.
- L’Union doit se
doter d’un programme « Urban-Transport » pour inciter les grandes
agglomérations européennes à développer des politiques de transport
collectif éco-exemplaires.
- Politique agricole commune : une réflexion sur le long terme pour une réforme intelligente
L’ambition commune en matière agricole doit être maintenue, pour éviter
les tensions que peuvent entraîner les crises alimentaires. Il faut
réfléchir aux contours de la PAC de l’après-2013.
Les propositions de
la DSF:
- Les aides agricoles doivent être plus équitablement réparties par le
biais de la régionalisation des fonds et de l’élaboration de plafonds.
- La conditionnalité des aides agricoles doit être mieux mise en œuvre.
- Une politique de cohésion territoriale juste et efficace
Alors que de fortes disparités régionales persistent, l’inscription dans
le Traité de Lisbonne d’un nouvel objectif de « cohésion territoriale »
doit être exploitée.
Les propositions de
la DSF:
Le système de fléchage des fonds structurels principalement sur les
objectifs de la stratégie de Lisbonne pour le budget 2007-2013, qui va
privilégier les régions les plus dynamiques, doit être remis en
question.
3. L’Europe dans le monde : relations extérieures et dimension externe
- Une aventure collective pour le partenariat euro-méditerranéen
L’actuel partenariat euro-méditerranéen doit être relancé sur de
nouvelles bases, inclusives, à rebours des propositions de la France,
qui mènent à l’exclusion.
Les propositions de
la DSF:
- La dynamique des projets doit être relancée autour d’une avant-garde
sur la base d’une "coopération renforcée".
- Un véritable leadership, avec un Conseil des Chefs d’Etat et de
gouvernement, doit être instauré.
- Gestion des migrations : pour une approche humaniste
L’Europe ne peut être une forteresse repliée sur elle-même. Il faut
aujourd’hui adopter une politique d’immigration humaniste, qui
privilégie l’immigration légale, les droits des migrants et
l’intégration. La vision européenne de la politique d’immigration ne
doit pas se limiter à l’organisation d’expulsions collectives.
Les propositions de
la DSF:
- Il faut harmoniser les demandes et attributions de cartes de séjour et
de travail.
- L’Union doit rejeter l’interdiction des régularisations massives pour
les Etats membres et le contrat d’intégration pour chaque migrant,
proposés par le « pacte des migrations » élaboré par la France.
- Défense et politique extérieure : pour une spécificité de la voie européenne
L’existence de menace et de tensions internationales doit inciter à
développer des moyens européens communs pour peser sur les équilibres
internationaux en rejetant un atlantisme rampant.
Les propositions de
la DSF:
- Il faut travailler à faire naître une culture diplomatique commune.
Conclusion : la marche vers une Europe politique
Les institutions de l’Europe doivent de nouveau être le laboratoire d’une volonté commune. La Commission européenne de 2009, en particulier, devra être une Commission forte politiquement. C’est pour cela que la DSF souhaite que le PSE présente son propre candidat pour la Présidence de cette institution lors des élections européennes de Juin 2009.