Plus de 59% des électeurs portugais ont répondu "Oui" à la question : "Etes-vous d'accord avec la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) si elle est réalisée, à la demande de la femme, dans les dix premières semaines de grossesse, dans un établissement de santé légalement autorisé ?". Françoise Castex qui était présente à Lisbonne le dimanche 28 janvier 2007 au côté des défenseurs de la légalisation de l'avortement s'en félicite.
La loi actuelle, en vigueur au Portugal depuis 1984, est une des plus restrictives d'Europe. Elle n'autorise l'IVG qu'en cas de viol, de malformation du fœtus ou de grave danger pour la mère. Les femmes qui y contreviennent sont passibles de trois ans de prison. Grâce au vote qui s'est exprimé ce dimanche 12 février, "l'avortement cessera d'être un crime" au Portugal a déclaré le premier ministre portugais, le socialiste José Socrates.
La participation au référendum (43,60 %) n'a cependant pas atteint les 50 % requis pour qu'une nouvelle loi soit adoptée de fait. Le projet est donc renvoyé devant le Parlement dont on est aujourd'hui certain qu'il l'adoptera puisque le parti socialiste espagnol favorable à la dépénalisation de l'avortement dispose de 121 des 230 sièges. Le gouvernement pourra également compter sur l'appui des autres partis de gauche (Parti communiste et Bloc de gauche) qui se sont mobilisés pour le "oui".
Lors du colloque "Les député(e)s européens pour le "oui" à la dépénalisation de l'avortement" du 28 janvier à Lisbonne, Françoise Castex a souligné la barbarie d'une législation rétrograde qui forcent les femmes, 18 000 à 20 000 portugaises par an, à avoir recours à l'avortement clandestin au péril de leur vie parfois et de leur santé souvent. En effet, faute d'établissements agréés et sans moyens financiers pour aller avorter à l'étranger, les plus défavorisées risquent leur vie : 11 000 femmes ont dû se rendre aux urgences des hôpitaux, en 2005, après des avortements mal faits, et plusieurs sont mortes.
L'Irlande, la Pologne, et Malte sont les seuls à encore interdire le recours à l'avortement pour les femmes qui le demandent. L'Irlande avait obtenu il y a trente ans qu'il soit stipulé dans une annexe au traité de Maastricht qu'aucun traité de l'Union européenne ne pourrait modifier sa législation " sur le droit à la vie des êtres à naître". Autorisé en Pologne pendant plus de quarante ans, l'avortement a été de nouveau interdit en 1997 et avait obtenu que figure dans son traité d'adhésion à l'Union européenne l'impossibilité pour toutes dispositions internationales d'intervenir dans les domaines tels que "la vie sociale ou la dignité de la famille". Un protocole relativement semblable a été conclu par Malte.
Les politiques législatives et réglementaires sur la santé sexuelle et les droits génésiques des femmes relèvent de la seule responsabilité des Etats membres et l'Union européenne n'est pas compétente en ce domaine. Néanmoins, l'Europe peut apporter son concours par l'échange d'information sur les meilleurs pratiques. Une résolution du Parlement européen adoptée en 2002 qui recommandait à tous les pays membres de l'Union européenne de légaliser l'avortement et de faciliter l'accès aux contraceptifs est cependant restée lettre morte.
Aujourd'hui encore seule la mobilisation et les luttes des femmes permettent de garantir la santé, la dignité et le libre choix des femmes.