Les dernières agressions israéliennes dans la bande de Gaza signalent un durcissement du conflit israélo-palestinien. Pour Françoise Castex, « la communauté internationale doit maintenant intervenir de manière forte. Les appels récurrents à la modération dans les prises de position « équilibrées » ne sont plus de mise face à la gravité de la situation de la population palestinienne ».
Depuis plusieurs mois déjà, l’armée israélienne poursuit des
opérations d’incursion militaire dans la bande de Gaza pour mettre fin
aux tirs de roquette visant Israël alors que la crise humanitaire,
politique et sociale en Palestine ne cesse de s’aggraver. C’est lors
d’une de ces opérations qu’a eu lieu la « bavure » de Beït Hanoun, un
village au nord de Gaza. Mercredi 8 Novembre, alors que les habitants
venaient de subir cinq jours d’offensive militaire, 18 nouvelles
personnes ont été tuées, parmi lesquelles sept enfants et quatre femmes.
Si le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, a demandé la mise
en place rapide d’une enquête sur les causes du drame et ordonné l’arrêt
momentané des tirs d’artillerie dans le secteur de Gaza, le Premier
ministre israélien a assuré que cet événement était dû à une « erreur
technique » de la part de l’artillerie israélienne.
Malgré la vive condamnation de l’ensemble de la communauté
internationale face à ce qui constitue une nouvelle atteinte aux droits
de l’homme et une violation de la convention de Genève, aucune
résolution n’a été adoptée par l’ONU pour condamner l’attaque de Tsahal.
Le peuple palestinien se tourne donc aujourd’hui vers la communauté
européenne pour répondre à la situation d’urgence en Palestine.
Le Parlement adopte une nouvelle resolution
En réponse à cette
nouvelle escalade de la violence freinant d’autant plus le processus de
paix, le Parlement a voté ce jour une nouvelle résolution afin de
souligner la gravité de la situation et l’urgence de rétablir un
dialogue pour relancer le processus de paix.
Dans cette résolution, les parlementaires s’indignent devant ce nouveau
massacre et rappelle les éléments de la profonde crise humanitaire et
sociale dans les territoires palestiniens qui, aujourd’hui, a atteint un
« niveau catastrophique »: infrastructures, hôpitaux, écoles détruits,
accès à l’eau, à l’électricité et à l’alimentation coupé, destruction de
toute agriculture viable et enclavement de la bande de Gaza. Dans une
résolution du Parlement européen adopté le 1er juin 2006, les
parlementaires dénonçaient déjà la situation.
Dans ces conditions, il est clair que les droits fondamentaux des
populations ne sont déjà plus respectés depuis longtemps, ce qui
constitue une violation flagrante du droit international. Cette
politique ne peut avoir que des effets dévastateurs pour la stabilité de
l’ensemble de la région. L'augmentation des violences militaires envers
des civils est totalement disproportionnée et injustifiée au regard du
droit international et menace les efforts effectués par l’autorité
palestinienne pour mettre en place un nouveau gouvernement d’unité
nationale.
Le Parlement européen exhorte une nouvelle fois le gouvernement
israélien d’arrêter ses opérations militaires dans la bande de Gaza et
de stopper toutes ses actions de provocation dans les territoires
palestiniens, parmi lesquelles la construction du mur, l’implantation de
nouvelles colonies et les opérations de destruction des habitations
palestiniennes. Israël doit également lever le blocus économique et
rétablir la liberté de circulation des populations palestiniennes afin
de permettre à l’économie palestinienne de se développer car la montée
du terrorisme et la radicalisation de la population palestinienne se
nourrit avant tout de la crise sociale qui touche les territoires.
Avec 87% de chômage, des revenus fiscaux permettant d’assurer
la continuité des services publics (notamment de la police, des écoles
et des hôpitaux) bloqués par Israël et l’impossibilité d’exporter sa
production, les territoires palestiniens subissent aujourd’hui une
véritable asphyxie économique. Ainsi, l’autorité palestinienne subit une
érosion de son pouvoir et de sa légitimité tant au niveau politique et
économique que militaire.
La résolution adoptée par le Parlement exhorte également Israël à
libérer les ministres et députés palestiniens aujourd’hui retenus dans
les prisons israéliennes afin de permettre aux représentants
palestiniens issus du suffrage universel de pouvoir gouverner et œuvrer
à la mise en place de solutions rapides pour les populations.
Face au blocage total du processus de paix et à l’envenimement de la situation, Françoise Castex en appelle à la responsabilité de la communauté internationale de réagir, tout d’abord en prenant une position « claire et ferme » dans ce conflit en adoptant une résolution à l’ONU, chose qui n’a toujours pas été faite compte tenu du refus opposé par les Etats-Unis.
Une mobilisation indispensable de la communauté européenne
Dans cette mobilisation de la communauté internationale, la communauté européenne devra jouer un rôle central, tout d’abord en faisant adopté une position commune par le Conseil européen afin de faire entendre la voix des européens dans le concert international et promouvoir une vision plus juste et rééquilibrée du conflit dans le but d’aboutir à une paix juste et durable. L’Union européenne ne peut plus être absente du processus de négociation et doit se montrer à la hauteur des espoirs que place aujourd’hui en elle la population palestinienne afin de relancer la feuille de route, depuis trop longtemps oubliée. En ce sens, Françoise Castex se félicite que "pour la première fois, le Parlement appelle à la mise en place d’une force d’interposition multinationale, sur l’exemple de celle mise en place au Liban, afin de stopper les attaques visant les civils et leur assurer une protection", solution qu'elle appelle de ses vœux depuis longtemps. L’Union doit également jouer son rôle humanitaire en augmentant l’aide médicale apportée à la population palestinienne. Elle doit enfin rétablir l'intégralité de l'aide européenne suspendue à l'issue du scrutin législatif qui comme Françoise Castex, membre de la mission d'observation des élections palestiniennes, le rappelle "s'est déroulé de manière totalement conforme aux règles démocratiques".
Les condamnations fermes doivent maintenant entrainer des initiatives politiques fortes
La catastrophe humanitaire, sociale et politique n’a que trop
durer et il faut aujourd’hui prendre des initiatives politiques fortes
pour ramener les deux parties à la table des négociations rapidement. En
réclamant la mise en place d’une force d’interposition internationale et
l’organisation d’une conférence internationale pour la paix, la
résolution du Parlement se montre donc plus engagée que les autres
membres du quartet.
Cependant, le Parlement et l’Union européenne dans son ensemble se
limitent encore trop aux déclarations incantatoires invitant à une
résolution rapide du conflit, et la Commission et le Conseil restent
toujours très timorés sur la question.
Les prises de position elles mêmes ne révèlent pas l’étendue de la
cruauté infligée aux palestiniens. Si la résolution parle des 19 morts
de Beït Hanoun, il faut en effet se rappeler que, sur les cinq jours
d’offensive israélienne dans ce village, c’est en fait 80 personnes qui
ont perdu la vie. De la même manière, la bande de Gaza n’est aujourd’hui
que le miroir des nombreux ghettos organisés dans les territoires
palestiniens : il existe actuellement plus de 600 checkpoints qui
participent à l’enclavement du territoire palestinien et donc à
l’asphyxie économique, sociale et médicale de la population. Il faut
également rappeler la destruction de l’Institut médico-légal de Gaza par
Tsahal, établissement financé par l’Union européenne et seul endroit qui
permettait la réalisation d’analyses et d’autopsies.
Les appels réitérés à la paix, s’ils sont nécessaires, se sont donc révélés largement insuffisants dans leur ampleur pour traduire l’atrocité de la situation mais également dans leur impact puisqu’elles n’ont pas permis jusque là d’arrêter l’escalade de la violence. Il faut aujourd’hui avoir recours à des moyens politiques plus importants et dissuasifs afin de forcer Israël à entendre la position de l’Union et infléchir sa politique militaire et économique désastreuse. Ces moyens existent mais la communauté européenne se montre frileuse à les utiliser. L’accord économique de partenariat entre l’Union européenne et Israël pourrait par exemple constituer un moyen de pression important dans d’éventuelles négociations entre les deux partenaires.