“L’élection ne va pas changer grand chose”
Lundi 16 novembre 2009
Dans quelques jours, les chefs d’État de l’Union désigneront le tout premier président du Conseil et le Haut représentant aux affaires étrangères. Députée européenne gersoise, Françoise Castex livre ses impressions au journal Sud-Ouest.Pour la députée européenne socialiste Françoise Castex, ces nominations ne changeront pas grand-chose à la donne politique de l’Union.
Avez-vous une préférence parmi les candidats en lice pour le poste de Président du Conseil ?
Françoise Castex : Non, pas particulièrement. En revanche, je ne suis pas favorable à la nomination du Britannique Tony Blair, et ce pour deux raisons : tout d’abord parce que le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro. Mais également parce que ce pays demande régulièrement des dérogations à la réglementation européenne, comme par exemple sur le temps maximum de travail hebdomadaire ou encore la Charte des droits fondamentaux. Ce n’est donc pas parce qu’il est le seul représentant social-démocrate (travailliste) en lice que je le soutiendrais d’avantage.
À votre avis, lequel des candidats a le plus de chance d’être choisi ?
Très franchement, je ne sais pas. Cela va dépendre de nombreux facteurs. Des équilibres politiques et géographiques vont se jouer dans ce choix. Il n’est d’ailleurs pas impossible que le nom qui sortira du chapeau au dernier moment soit celui de quelqu’un auquel personne n’avait pensé. Les candidats les plus connus, comme Tony Blair ou le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, ne sont pas forcément favorisés, au contraire. Ils sont en quelque sorte livrés en pâture à la presse pour les “dézinguer”. Il ne faut pas se leurrer, les chefs d’États européens n’ont pas intérêt à nommer une personnalité forte qui leur ferait de l’ombre. Cela risque donc d’être quelqu’un sans grande carrure que l’on n’entendra pas très souvent.
Comment vont se dérouler ces nominations ?
Le choix sera entre les mains des chefs d’États et de gouvernements de l’Union. Les députés européens ne seront donc pas impliqués institutionnellement, mais uniquement consultés pour ratifier le choix du Conseil en fin de processus. On note néanmoins un léger changement dans les habitudes démocratiques. Contrairement à l’élection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne, les partis politiques, y compris d’opposition, sont impliqués dans les négociations en vue de la nomination.
Et dans ces négociations, que souhaiterait obtenir le Parti socialiste européen ?
Nous demandons que, dans les trois postes de représentants européens (président de la Commission -actuellement occupé par José Manuel Barroso-, président du Conseil, et Haut représentant aux affaires étrangères) il y ait, au minimum, un représentant socialiste ou social-démocrate, et une femme.
Ces nominations vont-elles changer le fonctionnement des instances européennes ?
Honnêtement, cela ne va pas changer grand-chose. Cela va peut-être juste compliquer un peu plus le jeu politique européen, puisque l’on va se retrouver avec une sorte de conflit de pouvoir entre le Président du Conseil et celui de la Commission, José Manuel Barroso. De plus, la présidence tournante de l’Union ne va pas, non plus, être supprimée pour ne pas léser les petits pays. Le Haut représentant aux affaires étrangères aura, lui, un peu plus de poids puisqu’il sera chargé de représenter l’Union dans le monde. Mais d’un point de vue strictement politique, le Commissaire au commerce extérieur de la Commission gardera un pouvoir plus important que le sien.
Le Haut représentant sera cantonné dans un rôle purement représentatif. Ces deux nominations seront donc plus symboliques que politiques.
















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